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N°13 Drogues et prison - Tome 1

Drogues et prison

Si au début des années septante, 1% de la population des prisons était incarcéré pour des délits liés au.x drogues, on estime aujourd ’hui que près de la moitié des détenus sont ou bien des toxicomanes ou bien des consommateurs de drogues. Dans un contexte de société où le consommateur de produits illicites cumule la double identité de malade et de délinquant, la prison semble par retour " coincée " dans un double rôle : " entre punition et remède ". Et si culturellement on peut croire en la vertu, si pas thérapeutique, du moins pédagogique de la punition -en tout cas quand la faute peut être reconnue comme faute, c ’est-à-dire lorsque la loi a du sens -on ne peut ignorer la non efficience de l’injonction thérapeutique.

La prison peut-elle dès lors être une solution aux problèmes liés aux drogues ?

Prison et drogues

Les conditions de vie pénibles en milieu carcéral : le retrait du temps, de la vie sociale, la surpopulation, la violence, ...amènent les personnes à chercher des moyens de tenir le coup, de s ’ évade1 : Parmi ces moyens, comme à l’ extérieur la consommation de psychotropes (antidépresseurs, anxiolytiques, somnifères,...) prescrits ou non, licites ou illicites. Ce recours à ces produits de "confort psychique " est aussi le fait de personnes qui se définissent, extra-muros, comme non consommateurs. Que deviendra cette consommation pouvant conduire à une dépendance lorsque la personne sera sortie du milieu carcéral ?

Si le dealer dans la société peut accéder à un statut particulie1 ; avoir accès à des liens ou des facilités impossibles à atteindre par d’autres voies, cette position ne peut que se trouver exacerbée dans un milieu fermé où le temps est "suspendu ", les activités réduites, les objets de consommation rares. Toute augmentation de "clientèle " est recherchée pour maintenir et faire fructifier ces bénéfices. De plus, le nombre de consommateurs, la promiscuité et la surpopulation génèrent une pression sociale forte vers la prise de produits . Les drogues seraient-elles dès lors une solution aux problèmes liés à la prison ? C’est à un parcours entre ces deux entrées, ces deux lectures du phénomène de consommation de drogues en prison que vous invite ce numéro des Cahiers.

C’ est en croisant les réflexions que nous espérons pouvoir ouvrir quelques portes et permettre une évasion des discours ba(na)lisés.

Henri Patrick Ceusters