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N°36 Pauvreté, contrôle social et (dé)stigmatisation - tome 1

Le train de l’économique à tout prix trace sa voie, laissant sur le côté de plus en plus de personnes abandonnées du (des) système(s), les laissés pour compte (en banque ?!?). Dans nos états dits riches, le fossé se creuse entre les nantis et des populations vivant à la marge de cet El Dorado. Ces populations que le discours, tant commun qu’officiel, nomme les « défavorisés ».

Et c’est au nom de cette appellation (contrôlée ou contrôlante ?) que, bien souvent, des initiatives se mettent en place pour leur « bien », pour qu’ils s’en sortent,… Ces initiatives partent souvent du « haut », des décideurs pour s’adresser à ces « gens d’en bas » et tenter de les ramener dans le sillage de la société (et de ses valeurs).

Les discours se multiplient, au risque de banalisation, d’usure, de désintérêt, générant une catégorisation figeante, déniant à ces personnes la capacité de construction de leur identité propre, d’autonomie.

Le cadre est défini de l’extérieur et ce regard ne fait qu’accentuer leur marginalité, leurs différences, leurs écarts par rapport aux normes entre lesquelles évoluent les citoyens « ordinaires ». Contribuant à ce qu’à la pauvreté économique s’ajoutent le plus souvent les stigmatisations et créant une exclusion multiple ; ces populations en marge se voient attribuer des « comportements « négatifs », « irrévérencieux », « a-normaux » : violence, consommations de psychotropes, délinquance, économie souterraine, absence de solidarité, … qu’il s’agira de juguler pour le bien de tous. On va donc viser à réduire ces « mauvaises » manières de vivre, tenter d’empêcher leurs effets négatifs en initiant toute une série de projets labellisés « travail social ».

Selon le lieu où l’on se trouve, selon son « mandat », selon les valeurs et l’image de l’homme qui sous-tend la démarche, ces projets vont osciller entre le désir, la volonté de développement, d’émancipation et celui de normalisation, de stabilisation, de contrôle de ces populations.

Le premier tome de ce dossier « Pauvreté, contrôle social et (dé)stigmatisation » tente de renverser le regard ; il se penche sur les stratégies mises en place par ses personnes pour s’en sortir, survivre,… sur les bricolages de la vie quotidienne et (re)questionne leurs sens dans ces contextes particuliers.

-  Pour Sébastien Alexandre, la stigmatisation renforce le paupérisme. Ainsi, il importe de porter un autre regard pour casser les spirales négatives. Force est de constater que les habitants ne se reconnaissent pas dans l’image véhiculée par les médias… des solidarités locales peuvent émerger dans un environnement à bout de souffle.

-  Pascale Jamoulle interroge comment les transformations des contextes liées à la paupérisation permettent l’émergence de conduites à risque qui participent à une certaine construction identitaire des jeunes. Ces conduites à risque sont « des marche-pieds pour survivre dans un monde plus vaste que la place honteuse, l’impasse sociale assignée au départ » (Philippe Bourgois, cité in Jamoulle p. 13). « Beaucoup de jeunes se bricolent des places instables dans la société en cumulant les systèmes d’accès aux ressources (entourage familial, allocations sociales, petits boulots, micro-traffics souterrains,…) (…) Des codes sociaux multiples fondent la vie sociale dans le quartier, dans la famille et l’école (…) Le monde ouvrier avait « une ligne de conduite », la génération des précaires en a beaucoup plus » .

-  Le troisième article présente L.S.T., un mouvement d’éducation permanente et de lutte, en résistance à ce qui produit la pauvreté. Quelques mots-clés : combattre la logique d’exploitation, créer une lutte collective et solidaire, toujours accessible aux plus écrasés, rester vigilants. Il s’agit bien ici de « lutter pour survivre dans une société dite des droits de l’homme, où des gens sont rejetés de tout circuit de travail, dépendants d’une aide sociale, où les droits ne sont pas toujours appliqués ».

-  Enfin, l’article de Véronique Dubois nous décrit une démarche de solidarité transculturelle : une communauté peule accueille des personnes souffrant de problèmes de santé mentale… De l’hospitalité importée !

Bonne lecture et rendez-vous au tome 2 pour découvrir des chemins (parfois de traverses) proposés par des professionnels autour de la question.

H.P. Ceusters