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N°34 Santé et communication : info ou intox ?

Toute communication s’inscrit dans un environnement qui participe à la construction de sens de la communication. Notre contexte actuel est celui d’une société démocratique et capitaliste. Son évolution est en quelque sorte révélée par les médias. Actuellement, la communication médiatique est devenue surtout un monde de l’information. Une information surabondante, débordante. C’est aussi une information qui triche, qui intoxique parce qu’elle s’adresse à des consommateurs avant de se destiner à des citoyens. Dans la plupart des cas, les médias sont devenus, en plus d’être des transmetteurs d’informations, des supports de fidélisation du public à des produits de consommation, des supports de publicité commerciale. Le directeur de TF1 a, par exemple, récemment affirmé que sa chaîne de TV servait à vendre du Coca. Médias de masse et mondialisation libérale sont liés. Les médias représentent une activité économique. e poids de plus en plus important des impératifs commerciaux banalisent l’information, la réduisent pour mieux la mettre au service de ce qu’elle doit aider à vendre et à faire consommer. La publicité n’argumente pas, elle montre et elle manipule. Les informations elles-mêmes sont présentées comme des spots publicitaires, elles sont constituées de nouvelles et de faits divers au détriment d’une véritable information sur ce qui concerne au plus près les citoyens. L’information donne de l’actuel, de l’événementiel, du sensationnel. Si l’information veut émouvoir “faire choc”, par contre, ni la production de sens ni la signification des évènements ne sont au programme. L’événement est saisi dans l’instant sans être analysé. L’information tente de nous mettre des idées dans le cerveau plutôt que de diffuser des argumentaires qui permettent des débats qui touchent les collectivités. C’est, conséquemment, une temporalité qui ne correspond pas au temps nécessaire pour l’élaboration de savoirs. Evidemment, dans un tel contexte, la promotion de la santé ne trouve pas un espace naturel d’épanouissement. La promotion de la santé ne peut que s’opposer à cette évolution des médias. Elle ne peut que s’inscrire dans la logique suivante : « Est de l’intérêt de ceux qu’on informe toute connaissance utile aux citoyens pour qu’ils puissent participer aussi intelligemment et activement que possible à la vie sociale » (Henry Mordant) . a promotion de la santé se construit forcément dans un espace de résistance et est amenée à déployer des valeurs et des pratiques de communication d’un autre type. Par ailleurs, les manières courantes de communiquer dans le domaine particulier de la santé se concentrent dans de grandes campagnes. Celles-ci lancent des injonctions vers le public sous-tendant un modèle normatif d’individu et de son bien-être, si ce n’est de son bonheur. On pourrait presque parler de « totalitarisme doux », implicite, insidieux. Ces pratiques sont bien sûr hors du champ de la promotion de la santé. Face à ces constats, les acteurs de la promotion de la santé développent des réflexions et des outils (comme le montrent les articles de ce dossier) pour se donner les moyens de communiquer tout en respectant les exigences intrinsèques à la promotion de la santé. es enjeux se situent dès lors au niveau d’une communication qui s’adresse à la globalité de l’individu, responsable de lui-même et acteur, d’abord citoyen avant d’être consommateur. La communication responsable permet et encourage une implication véritable du citoyen dans les grands défis de notre temps. Cette option nécessite un travail en profondeur, de la pédagogie et une temporalité qui n’est pas celle de l’événementiel. Il faut donc veiller à ne pas convaincre à tout prix ou à créer un impact uniquement émotionnel. L’essentiel consiste d’abord à former la compréhension, en sachant que comprendre n’est pas accepter, ainsi que le jugement personnel. Les questions du « vivre ensemble » et de la communication sont étroitement intriquées dès que l’on considère que communiquer c’est être en relation avec, mettre en commun. La communication, dans ce sens, peut viser la compréhension des logiques en jeu, l’expression de paroles, la confrontation d’expériences, la remontée d’informations vers les décideurs, l’organisation de débats publics... a communication dans une logique de promotion de la santé met au centre l’espace public dans lequel elle invite le citoyen à s’impliquer. On ne peut envisager des humains vivant ensemble sans réelle possibilité de construire leur propre vie, tant sur le plan collectif que sur le plan individuel. Sinon, on risque de déshumaniser la société humaine. La promotion de la santé est forte de ses valeurs, de ses pratiques, de ses pensées, de ses méthodologies et de ses outils. Ces solidités lui donnent l’audace de continuer à s’inscrire dans la complexité et en même temps de revendiquer une place crédible et pragmatique. C’est tout le sens de ce Cahier. Les auteurs des articles présentent des analyses et des outils qui montrent les possibles entre promotion de la santé et communication. Isabelle Dossogne et Henri Patrick Ceusters